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Ecrits de Natacha Michel

Dix symptômes, par Natacha Michel et Alain Badiou

Paris, Le Perroquet, numéro 64, été 1986

(juin 1986)

Dans une situation qui n’a nullement fini de libérer le pire qu’elle recèle, nous affirmons que dix symptômes, pas un de plus, pas un de moins, attestent que les temps réactifs et réactionnaires dont on peut dater l’origine autour de 76-77, et qui ont soudé l’un à l’autre Giscard, Mitterrand et Chirac, s’achèvent. Invisible réversion de la cendre sous laquelle ne couve aucun des fers que quiconque y aurait mis à chauffer.

Dix symptômes ne font pas une alouette.

1. Des jeunes gens aux portes des lycées.

1 bis. Le cigare milliardaire de SOS-racisme à leur avis empeste et n’est qu’un rideau de fumée.

2. Les ouvriers de Renault qu’on veut mettre à la porte songent à déclarer qu’ils n’y consentiront pas. Ouvriers d’après Talbot.

3. Une grève syndicale corporatiste, comme celle de la RATP, lorsqu’elle est suivie à 95%, ne signifie pas la renaissance du syndicalisme ni celle du corporatisme.

4. Tout laisse à penser qu’il y a une révolution en Afrique du Sud. Retour du vieux mot, pas du vieux monde.

5. De ci de là et de plus en plus on reparle en bien de Mai 68.

6. Hocquenghem n’y est pour rien, lui qui y est pour quelque chose, pour qui parler en bien c’est dire du mal. Jacquerie ou Chouannerie contre les parvenus mitterrandiens du gauchisme ? En tout cas son de cloche qu’ils ont fait leur temps.

7. De plus en plus l’injustice de l’ancien espoir de justice paraît plus juste que l’injustice du désespoir.

8. De plus en plus l’ancienne vérité n’est plus vraie, le nouveau sans vérité, la vérité nécessaire.

9. Quoiqu’il en soit de l’occidentalisation de la cause polonaise, le visage de Bujak est celui d’un militant inédit, et pas celui d’un ancien Robin des Bois.

10. Un jeune homme à la porte d’un lycée dit à ses interlocuteurs politiques : bon, d’accord, vous avez certainement parmi vous des ouvriers. Mais avez-vous des intellectuels ?