Ici Commence

Ecrits de Natacha Michel

Bref récit de vie

(16 octobre 2010)

Etant malrautique comme on dit marotique, avec variante (la vie, ce magnifique petit tas de secrets), je préfère une bio scandée par les rencontres essentielles.

Née d’un père français cinéaste, André Michel et d’une mère russe (qui a une passion pour la langue française : cf. les premières pages de L’écrivain pensif). Père résistant à Lyon : ma mère et moi vivons dans la clandestinité. Je rencontre mon père en 1944, il tombe dans la tarte lors d’un pique-nique couverture.

A quatorze ans, je rencontre Chris Marker, qui sera mon parrain au deux sens du terme : j’écris pour lui mes premiers textes. Il tentera de me faire tourner dans son film, Le joli Mai (62). N’aimant les images qu’écrites, je mets tout mon soin à être épouvantable. Il doit couper les séquences où je figure.

Même jeu avec Robert Bresson et Pickpocket dont il doit retarder le tournage afin de trouver la divine Marika Green. Je rembourse Bresson en lui recommandant Florence Delay pour Jeanne d’Arc.

Je passe l’agrégation de philo en 68 moins une, grâce à mon amitié pour Althusser qui me donne des copies à faire et les corrige : je passe de la note 8 à 18. 1968, je rentre à la Gauche prolétarienne, après avoir rencontré Sylvain Lazarus et dès le premier jour je m’oppose fortement à Benny Levy.

En 73, ayant renoué avec Florence Delay, compagne du désir d’écrire depuis la seconde (rencontre fondamentale), nous publions nos premiers livres simultanément. Nous refusons que ces livres portent la mention publicitaire : “ écrits tête bêche ”. D’ailleurs c’est faux, la vérité est : côte à côte. Amitié d’une vie, la plus longue en littérature française si j’omets Sévigné et La Fayette. Jacques Roubaud, rencontré par Florence, fait un article avec trois crayons de couleurs différents sur mon premier livre, article qui sera refusé par La quinzaine. Je suis prof (hypokhâgne à Amiens et autres lieux et autres postes).

Rencontre dans les années 70 avec Alain Badiou. Mon opposition à Benny Lévy ayant atteint la dissidence, je fonde avec Sylvain Lazarus un groupe. Il deviendra plus tard (sous un autre nom) : ” Y a-t-il une politique émancipatrice après le marxisme ? ”. Notre réponse est oui. Badiou se joint à Lazarus et moi-même très vite. Rencontre merveilleuse. Badiou et moi nous amusons comme de fous et travaillons comme des bêtes : témoins, le journal “ Le perroquet ”, “ Les conférences du perroquet ”, puis aujourd’hui “ Les conférences du rouge-gorge ”. Sans témoins, des milliers d’activités militantes.

Ma passion pour la littérature augmente : en 80, je rencontre Denis Roche. Partageons-nous l’idée que nous sommes dans une période d’affirmation de la littérature et plus dans l’ère du soupçon ? Je me relie avec Jean Claude Milner connu de loin, qui condescend pour moi à s’intéresser au livre vivant. Je me délie quand Milner fait paraître Les penchants criminels de l’Europe démocratique.

En 1993, je perds dans un accident mon fils Victor à l’âge de vingt ans. Dès lors, inutile de parler de vie : elle continue, avec les mêmes activités, sans moi. Sauf sur un point. J’ai avec mon mari Pierre-Noël Giraud une petite fille. Elle s’appelle Ysé.

Natacha Michel

Antoine Vitez, Jean Michel Winling, Florence Delay, Denis Roche, Natacha Michel en 1982

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L’Hexaméron [Denis Roche, Michel Chaillou, Jacques Roubaud, Michel Deguy, Natacha Michel, Florence Delay]