Ici Commence

Ecrits de Natacha Michel

Le jour où le temps a attendu son heure, 1990, Seuil, coll. "Fiction & Cie"

Extrait du livre Le jour où le temps a attendu son heure :

Odile dit un pas sur la terrasse. Tom, chat noir et blanc, dégringola du toit, bobine qui se dévide, un fil noir poursuivant un fil clair. Il franchit ainsi la passerelle inclinée, qui au flanc de la maison reliait la terrasse du haut à celle du bas. La passerelle (un escalier de métal bleu) desservait de l’extérieur les parties de l’habitation. Elle donnait à la maison, de ce côté-là, l’air d’un bateau qui au moment du départ remplie ce qui l’a uni au monde et le porte suspendu en travers de sa coque. De ce côté-là seulement, la maison ressemblait (jusqu’au vent indépendant qui y souffle même lors des chaleurs plates) à un bateau posé sur l’étendue, sans complicité ni promesse. De tous les autres côtés, c’était le triomphe de la terre retournée, nette d’herbes, montrant des mottes sèches. Le triomphe de l’olivier, portant au revers des ses branches la lune montante d’un feuillage argenté que le vent faisait brusquement lever au milieu des feuilles vertes, quand il les remuait. Ici on ne jardinait pas, on débroussaillait. Deux fois l’été, Saugueuse sortait et, à califourchon sur la perche que terminait un fil d’acier tournant à la vitesse d’un disque qui confond les couleurs, il attaquait les buissons. Les arbres se dressaient côte à côte, plus fier d’avoir résisté à la friche que d’ombrager. Une terrasse, une bande de terre... les arbres commençaient au-delà. Dans les vitres de la maison ne se courait aucune des régates que disputent, agitées par le vent, les branches d’arbres reflétées, virant autour de l’espagnolette comme autour d’une bouée.